Manon Barbeau : poussée par l’inconsolable

La cinéaste Manon Barbeau (B.Sp. Animation culturelle, 74) a offert la troisième classe des Originaux, le 4 décembre. Sous le thème « Le précieux pouvoir de l’inconsolable », la présidente fondatrice du Wapikoni mobile est revenue sur ses blessures d’enfance et sur leurs effets insoupçonnés sur son parcours.

Née à l’époque de la Grande Noirceur, Manon Barbeau est la fille des artistes Suzanne Meloche et Marcel Barbeau, signataire du manifeste Refus global, revendiquant une cassure d’avec les valeurs religieuses et ancestrales. Toute jeune, sa famille éclate et ses liens avec ses parents et son frère sont rompus. « Cette cassure de nos liens familiaux m’a poussée, toute ma vie, à chercher à créer des liens, explique-t-elle. La création a été la réponse pour me permettre de tisser des relations. »

Étudiante de la première cohorte du programme d’animation culturelle à l’UQAM, elle s’y découvre une passion pour le cinéma qui la conduira à réaliser et à scénariser des dizaines de longs métrages et de documentaires. Des jeunes de la rue de Québec ou du Square Viger, des détenus, des jeunes Atikamekw, des punks… toujours, c’est vers les personnes marginalisées qu’elle pointe la caméra et avec qui elle crée des liens solides.

En 2004, elle cofonde le Wapikoni mobile en collaboration avec le Conseil de la Nation Atikamekw et le Conseil des jeunes des Premières Nations du Québec et du Labrador. L’unité mobile de création vidéo sillonne depuis les communautés autochtones et leur enseigne les rudiments de l’utilisation des outils numériques pour réaliser des courts métrages. « À ce jour, c’est plus de 1200 courts-métrages et 800 créations musicales qui ont été générés par le Wapikoni, souligne la cinéaste avec fierté. Depuis quelques années, nous sommes même sortis du Canada et avons visité 45 communautés à l’international. »

Par ses ateliers pratiques, le Wapikoni permet à ces jeunes – et moins jeunes – de développer leur estime d’eux-mêmes et leurs compétences pratiques. D’ailleurs, plusieurs anciens participants en font aujourd’hui un métier, comme la réalisatrice Marie-Pier Ottawa.

Toute sa carrière, Manon Barbeau a cherché à nouer des liens avec des gens qui, comme elle, ont vécu une forme de cassure, ce qui l’a menée vers le cinéma et l’action culturelle, en particulier avec les communautés autochtones. « L’inconsolable, ça ne se console pas, mais ça a été un moteur pour construire plein de choses dans ma vie », conclut-elle.

En collaboration avec CHOQ.ca, la classe de Manon Barbeau sera disponible en baladodiffusion au début de l’année 2020.

La prochaine classe des Originaux

Le 11 mars, Cathy Wong, première femme présidente du conseil municipal de Montréal, partagera ses idées pour faire entrer la démocratie dans le 21e siècle. Elle souhaite donner la parole aux citoyens et citoyennes pour que la métropole soit à leur image.

Pour tout savoir sur le mouvement des Originaux, cliquez ici.

Photo : Jean-François Hamelin

 

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